Journaliste plurimédia

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Vers le pet numérique

Toujours plus vite, toujours plus court, à la recherche du temps présent, de l'ultra chaud, de l'instantané... Tanné instant ! Si la presse papier s'éteint doucement, c'est aussi parce qu'on ne prend plus le temps. Parce qu'on n'a plus le temps de prendre du recul. Plus le temps de lire un article long, un article de fond, un de ceux où le journaliste avait eu le temps d'approfondir un sujet, de vérifier l'information, d'enquêter ou simplement de passer quelques coups de fil pour faire réagir témoins ou observateurs afin de mettre mettre des citations, un peu d'italique et d'entre guillemets dans son propos.
Internet a laissé tout cela au siècle dernier, au temps de l'analogique. Plus besoin de s'emmerder avec la longueur, la réflexion, le style et les intervenants : les propos de l'internaute communicant se suffisent à eux-même. "C'est mon avis et je le partage !". Contentons-nous de reprendre les infos, et surtout d'aller au fait, à l'essentiel. Il faut du "digest", du "summarize" du light, synthétique dans tous les sens du terme, et facilement zappable.
Rappelez-vous. Au commencement, on nous a vendu les sites personnels, petits lopins privés sur la Toile, pour raconter, pour communiquer, pour avoir pignon sur Web. Les fournisseurs d'accès ont alors proposé quelques Mo sur leurs serveurs pour héberger les pages perso et des outils de publication ni très sexy, ni très ergonomiques. C'était dur, long à faire et au final assez moche. Alors ensuite on nous a dit de bloguer  avec des back-offices à la portée des dummies : plus simple, plus court, plus pour tout et pour tout le monde. Mais encore fermés à ceux qui n'avaient pas assez de choses à dire.
Pour eux, on a vu arriver Facebook : encore plus facile, encore plus bref. Et tant mieux si toutes les pages se ressemblent, l'uniformité c'est plus simple pour s'y retrouver. Et s'y vous n'avez rien à dire, contentez-vous de partager ce que les autres ont déjà partagé. Comma ça, au moins, vous avez le sentiment de rester dans le coup. Et puis il y a eu Twitter : 150 caractères pour aller droit au but, et parler... De tout, et sur tous. De surtout parler, y compris quand on n'a rien à dire ! Quand la plupart des gens n'ont plus le temps -ni l'envie- de lire des articles de fond, vous ne vous êtes jamais demandé comment d'autres en trouvaient autant pour "twitter" toute la journée ? A commenter, citer, re-citer, re-commenter, re-re-citer l'info d'un premier ? Et après, qu'y aura-t'il d'encore plus court, d'encore plus rapide et d'encore plus trivial pour s'exprimer ? La prochaine étape semble évidente : le rot ou le pet numérique ! Concis et répétable à l'envi sans qu'il soit nécessaire de le vérifier. Vive la communication pratique. Vive Internet.

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